Mon maître s’en est allé...
J’ai découvert la Bourgogne écrite sous la plume vibrante et érudite de Jean-François Bazin. Dans la collection dirigée par Bernard Ginestet « le grand Bernard des vins de France » j’ai trouvé une manière d’aborder les crus et les terroirs avec une concision et une pédagogie unique , faites de faits avérés, d’histoire - Grande et petite - , de généalogie, de géologie et surtout de passion.
Certains ont été plus loin dans l’agrégation - souvent superflue - de détails et de découpages morpho-geologiques bien peu signifiants, d’autres se sont plus engagés du côté du jugement de valeur en inféodant les crus et les producteurs à leurs propres et éphémères visions, enfin des chercheurs et sociologues ont exprimé des faits avérés avec une absence d’humanisme confinant à l’ennui...Mais aucun n’a raconté l’histoire de cette région comme lui avec lucidité, fougue et enthousiasme.
Journaliste, gibriaçois, homme politique bourguignon de premier plan, il n’en gardait pas moins une chaleur et une simplicité qui faisait de lui un homme apprécié dans tous les milieux.
Récemment, il m’avait écrit sur le site dont il était membre depuis les débuts, en privé, pour me demander quelques informations sur les propriétaires du Montrachet et les éventuels changement de main de ce cru qu’il aimait par dessus tout. Je ne pu que lui répondre que ces connaissances étaient telles que je ne voyais pas comment je pouvais lui apprendre quoi que ce soit! Tout de même il a écrit « le » livre qui fait autorité sur ce cru. Le seul qui soit d’ailleurs vraiment interessant. Mais il avait un doute...nous l’avons levé ensemble.
Le sage de Gevrey-Chambertin s’en est donc allé dans sa soixante dix septième année et il me laisse orphelin car ces livres qui tous ou presque sont dans ma bibliothèque ont perdu leur auteur et j’ai l’impression qu’une partie de leur substance a disparu.
Adieu monsieur Bazin, votre humble admirateur vous salue respectueusement.