Bonjour Ă tous,
Durant mon séjour en Bourgogne j’ai pu aller à la rencontre de nombreux viticulteurs, à la vigne comme en cave, discuter de nombreux sujets relatifs à l’évolution de la région, des méthodes de travail, des successions, etc… des sujets qui rapprochent mais aussi des sujets qui fâchent.
Je constate par mes visites annuelles et mes diverses communications que la Bourgogne traditionnelle périclite à une vitesse vertigineuse. Ainsi j’ai eu envie d’écrire ces lignes qui sont l’objet d’une réflexion personnelle. Ceci n’a rien d’impulsif et ne vise personne en particulier. Certaines choses pourront paraître banales pour certains d’entre vous, d’autres vous donnerons peut-être envie de creuser où penser différemment. Je vais procéder par sujet plutôt que faire un méli-mélo de mes pensées qui rendrait le tout incompréhensible.
Les successions :
Premier sujet que je voudrais aborder car il conditionne pas mal de choses. Les domaines visités où que je fréquente sont tous en train de passer le flambeau et cela ne se fait pas sans mal. Les frais de succession atteignent des montants vertigineux et pour ceux qui n’ont pas pu économiser suffisamment la vente de parcelle(s) est malheureusement souvent la seule solution. C’est paradoxal puisque les parcelles en vente sont normalement attribuées prioritairement aux jeunes qui se lancent dans le métier. L’indivision est souvent également de la partie avec les conséquences que cela induit et que vous pouvez imaginer. Bref l’un des messages que je veux faire passer est que les vignerons ne roulent pas sur l’or loin de là . Leurs vignes ont certes de la valeur mais restent un outil de travail soumis à une taxation forte.
Les tarifs :
Même son de cloche partout, ils vont augmenter avec la sortie du millésime 2020. Les raisons sont multiples : augmentation du prix du foncier, dernières récoltes amputées, successions, etc…
Et si l’on va plus loin au regard de la demande mondiale et de l’achat de propriétés par des grands groupes ces dernières années les prix continueront encore longtemps leur ascension. Il est utopique d’imaginer une baisse.
La politique de vente :
Des vins devenus introuvables, des systèmes d’allocation forçant l’achat de bouteilles non désirées pour en avoir d’autres, une spéculation qui ne permet plus d’obtenir certaines bouteilles… comment/pourquoi en est-on arrivé là ?
Une petite anecdote, me rendant au caveau des vignerons à Morey-St-Denis je constate que de nombreux vins, présents pourtant les dernières années, ne sont plus proposés. Pour certains d’entre eux cela est devenu une question de standing, ce n’est pas prestigieux d’être proposé ainsi au tout-venant. Pour d’autres des petits malins venaient acheter les vins à prix domaine et les mettaient le jour-même en vente sur internet pour se faire du beurre avec un beau coef. Solution radicale : retirer les vins de la vente au caveau.
Concernant les systèmes d’allocation forçant la main sur certaines bouteilles que l’on ne souhaite pas forcément c’est apparemment quelque chose auquel il va falloir s’habituer car ce système se multiplie dans toute la Bourgogne. À titre personnel je ne suis pas partisan de cette méthode mais je la comprends pour plusieurs raisons. L’une d’entre elle est que lorsqu’un vigneron vous présente son tarif il est monnaie courant que les appellations régionales et les grands crus (ainsi que les plus prestigieux 1er crus) ne soient plus en stock. Le milieu de gamme me semble avoir beaucoup de difficultés à trouver des acheteurs et je vous renvoie à nos discussions passées sur le sujet du rapport qualité/prix. Il y a des stocks importants de ces vins dans de nombreux domaines et il faut bien à un moment ou un autre les écluser.
Vigneron, négociant, les deux ? Qu’est-ce qu’on achète ?
Sujet délicat mais qui se doit d’être transparent pour le consommateur. Je n’ai aucun grief contre les négociants ou vignerons-négociants à partir du moment où ils contrôlent bien les différentes étapes de la vigne à la mise en bouteille et que la transparence soit totale sur l’étiquette. Peut-on cependant, sans grosse structure ou personnel, proposer une large gamme qui s’étend du nord au sud de la Bourgogne ? Certaines bouteilles dégustées sur place m’ont laissé songeur. Anecdote lors de ma visite à Volnay : lors d’une discussion avec une personne dans un bar à vin du village je lui demande ce qu’il est venu acheter ici. Il me regarde l’air assez surpris et me répond : ben on est où ici ? À Volnay non ? Hé bien moi ici j’achète du Volnay point. À de rares exceptions près c’est une philosophie à laquelle j’adhère totalement à la condition que les vignes soient exploitées par le vigneron lui-même.
Accueil et dégustation au domaine
Dernier sujet car c’est un peu l’âme de la Bourgogne viticole. Qui n’aime pas se retrouver dans la cave d’un vigneron à discuter avec lui/elle de son travail mais aussi de ce qui nous anime, de nos bonheur et épreuves qui font partie intégrante du résultat que reflètent les vins ? J’ai essuyé plusieurs refus de visite (avec de bonnes raisons, de mauvaises et parfois sans explications) et j’ai extrait de plusieurs discussion la réalité qui est que les domaines ferment de plus en plus leurs portes aux particuliers qui sont souvent loin d’être tous blancs (visites sans rendez-vous, visites apéros, comportements sans gêne, …). Cependant je reste optimiste car un certain nombre de portes sont encore ouvertes aux passionnés et il ne faut pas hésiter à discuter avec les gens pour nouer/renouer des relations de confiance. Je pense encore à ces jeunes vignerons qui se lancent, qui reprennent le domaine familial et qui ont la tête sur les épaules et un crédit sur les bras. Ceux-là ont besoin de notre soutient.
