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Patrimonio, Grand Site de France

Messagepar JP Nieudan » Sam 16 Sep 2017 17:08

La plus ancienne des appellations corses change de génération sans perdre son âme.

La Conca d'Oro et le golfe de Saint-Florent classés Grand Site de France, c'est fait ! Situé sur la côte occidentale de la Haute-Corse, cet ensemble paysager considéré comme emblématique et particulièrement remarquable inclut le vignoble de Patrimonio. Mais rien n'est acquis définitivement : "Le label est remis en question tous les six ans", prévient le très dynamique et jeune président de l'appellation, Mathieu Marfisi, élu en mars 2016. Il représente, ainsi que sa soeur Julie, avec qui il travaille, la cinquième génération au sein du domaine familial, le Clos Marfisi. "Le label Grand Site de France, c'est beaucoup plus qu'une reconnaissance, c'est avant tout un projet. Un bon tiers des vignerons du cru ont entre 20 et un peu plus de 30 ans, ça apporte du dynamisme. C'est une génération qui a étudié, voyagé. Aujourd'hui, ces jeunes reviennent dans les propriétés avec un vrai lien à la terre et au travail de la vigne, mais aussi de solides bases en gestion, un défi extraordinaire s'ouvre à nous." L'enjeu : valoriser un territoire exceptionnel en unissant l'ensemble des forces vives, entre autre les vignerons. "Le classement a permis de protéger le vignoble de l'urbanisation, mais nous allons travailler en bonne intelligence ; par exemple, les environs des villages du site ne sont pas bloqués, il faut bien que les gens vivent et que les communes se développent."

Formant un amphithéâtre au pied du cap Corse, l'appellation patrimonio domine, à flanc de coteaux, le golfe de Saint-Florent et compte 430 hectares de vignes formant une mosaïque au milieu de bosquets de chênes blancs, d'églantiers, de bruyères, de cistes, d'arbousiers ou de myrtes. "Avec mon épouse, Marie, nous avons travaillé très tôt sur le parcellaire ; dans les Salons, je goûtais les bourgognes et je me disais qu'on devait faire la même chose ; ici, les différences entre les parcelles sont flagrantes !" s'enthousiasme Antoine Arena, figure emblématique du cru et précurseur au début des années 1980, du renouveau du vignoble de l'île. Ses vins ont toujours porté le nom des parcelles de vignes dont ils étaient issus, comme le fameux lieu-dit Carco, planté en 1987, qui donne blancs et rouges d'un équilibre et d'une fraîcheur remarquables, et d'une grande capacité de garde. Depuis le millésime 2014, Antoine Arena a amorcé le passage de relais à ses fils, Jean-Baptiste et Antoine-Marie : "Chacun a fait son choix parmi les différents lieux-dits, ça s'est mené en bonne intelligence, tient-il à préciser. Ce qui compte, c'est de maintenir l'esprit, je n'ai jamais été tellement interventionniste dans l'élaboration des vins, l'essentiel se passe dans les vignes."

Ici, les rouges et de plus en plus de rosés sont issus du nielluccio, qui règne en maître, à hauteur de 90 % de l'encépagement. Connu en Italie sous le nom de sangiovese, entre autres dans l'appellation chianti, il est complété par le grenache noir et le sciaccarellu, autre cépage local, présent majoritairement dans le petit cru ajaccio. Les blancs sont élaborés à partir de la malvoisie, appelée localement vermintinu (ou vermentino, ou rolle en Provence).

Pionniers. "Notre force tient beaucoup à l'originalité de notre encépagement", précise Henri Orenga de Gaffory. Il vient de fêter les 50 ans de son domaine, et lui aussi représente la génération des pionniers. Installé à la suite de son père en 1974, il a fait de la propriété familiale l'un des fleurons de l'appellation. "On travaille sur les cépages anciens comme le minustellu, le carcaghjolu en rouge ou le biancu-gentile en blanc. Aujourd'hui, ils n'entrent pas dans la composition du patrimonio, on peut en faire des vins de pays (IGP), mais le but, c'est de faire évoluer le décret."
Les projets ne manquent pas. La jeune génération, sous la houlette de Mathieu Marfisi, travaille à la conversion en bio de l'essentiel du vignoble ; à l'élaboration d'une carte géologique, à la mise en place d'une route des vins et à la création, au-dessus du patrimonio classique, d'un rouge haut de gamme, sorte de cuvée "réserve". Au premier le fruité et la mise en marché rapide, au second la complexité d'un élevage de dix-huit à vingt-quatre mois, a priori en foudres (gros contenants de 500 à 600 litres), plutôt qu'en fûts, afin d'éviter le goût boisé prononcé, et à base de 100 % de nielluccio. "On a tous les atouts pour tirer vers le haut, poursuit Mathieu Marfisi. Notre créneau, en dehors des débouchés insulaires qui sont importants, ce sont les marchés de niche. Les importateurs américains s'intéressent à nous, ils recherchent des crus confidentiels qui proposent à la fois une image forte et des vins originaux. Ça ne fait pas tout, mais c'est un signe très encourageant."

Christophe Ferrandis - Clos Signadore

« Il faut laisser au vin le temps de se faire, il suffit de l'accompagner » « Je me suis installé en 2001, je suis parti d'une feuille blanche... Je suis marseillais, mais mon père a grandi en Corse, j'ai fait mes études dans le vin, puis je suis venu ici pour les vendanges et je ne suis jamais reparti ! J'ai tout de suite eu l'idée de créer mon propre vignoble, j'ai rencontré un vigneron qui voulait vendre à un jeune, l'aventure a commencé comme ça. Aujourd'hui, j'ai une dizaine d'hectares, dont 8 en patrimonio. Les deux autres, ce sont des vins de pays, de vieux cépages que j'expérimente. L'idée, c'est d'avoir une petite biblio(oeno)thèque, de voir ce que ça donne... Mon importateur québécois m'a fait goûter des vins rouges italiens que j'ai beaucoup aimés, il m'a dit : c'est le même cépage que toi ! J'ai alors compris que je voulais aller vers des vins aériens. Plus j'avance et plus j'ai l'impression d'en faire de moins en moins... Il faut laisser au vin le temps de se faire, il suffit de l'accompagner. A un moment, on sent qu'on est prêt et, là, on commence à faire des vins avec une certaine élégance. »

Patrimonio

Vin rouge et blanc
Situation
Au pied du cap Corse, face au golfe de Saint-Florent, sur les plaines, les collines et les vallées.
CĂ©pages
Nielluccio pour les rouges, plus le grenache et le sciaccarellu, vermentinu pour les blancs.
Millésimes
2016 : petits volumes, rouges fins et élégants, blancs ronds et frais.
2015 : vins complets, rouges profonds de bonne garde, blancs complexes.
2014 : quelques réussites en rouge, des blancs hétérogènes.
2013 : année très favorables aux blancs, plus compliquée pour le nielluccio.

Les accords mets et vins

Des rouges typés et de bonne structure, aux arômes de fruits rouges, d'épices douces et de plantes aromatiques, qui s'accordent aux plats ensoleillés comme une fricassée d'agneau aux olives, un sauté de cabri au romarin, et aux plats à base de tomate tel un osso-buco. Les blancs, fins et suaves, sont parfaits pour l'apéritif et avec un carpaccio de noix de saint-jacques, des poissons grillés à la plancha ou un assortiment de fromages de chèvre.

Nicolas Mariotti-Bindi, Domaine Mariotti-Bindi

« On vit un peu un âge d'or des vins corses » « En 2004, j'ai fait le choix de devenir vigneron. Avant je travaillais dans le droit public, et j'ai eu besoin de revenir en Corse ; je suis originaire de Bastia. J'ai fait une vendange chez Arena ; là, je suis arrivé chez des passionnés, des paysans artisans, ça se sentait dans leurs vins. A partir de 2007, j'ai travaillé chez Annette Leccia, je l'ai accompagnée dans sa conversion en bio. J'ai fait mon installation tout en travaillant chez elle, et en 2015 j'ai produit mon premier millésime. J'ai trouvé une cave des années 1950, je l'ai aménagée ; elle était bien conçue, avec la possibilité de travailler par gravité. J'ai 7,5 hectares en propriété et autant en fermage, c'est très morcelé, j'ai des parcelles un peu partout. Ça correspond à la diversité des sols et des expositions, c'est la réalité de l'appellation. J'ai l'impression qu'on vit un peu un âge d'or des vins corses, la qualité des vins bouge énormément ; il y a une bonne dizaine de jeunes vignerons sur lesquels on peut miser, ça crée une bonne émulation. Il y a aussi une tendance profonde à se tourner vers le bio, ce serait fantastique si un jour tout patrimonio était en bio. On peut y arriver. »

Source : Olivier Bompas

Sélection corse sur 50 vins goûtés à l'aveugle (* jusqu'à 10 E)
http://www.lepoint.fr/dossiers/vins/spe ... 9_3153.php
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Re: Patrimonio, Grand Site de France

Messagepar Thierry Debaisieux » Dim 17 Sep 2017 18:18

Merci, Jean-Pierre, pour ce lien vers cet article intéressant que j'ai lu hier.
Je n'avais pas eu le temps de te répondre: nous avions invité de très vieux amis (que nous connaissons depuis 1973) et qui sont arrivés vendredi soir.
Je suis l'Ă©volution des Patrimonio lors de mes voyages en Corse depuis 25 ans.
La première fois, j'avais 39 ans. Deux Domaines m'avaient marqué: ceux d'Antoine Aréna et d'Orenga de Gaffory.
Lors de mes derniers séjours en Corse, en 2014, 2015 et 2016, il y avait de nombreux nouveaux Domaines intéressants, à côté d'autres, plus anciens, qui avaient acquis leurs lettres de noblesse.

Amitiés,
Bien cordialement,
Thierry Debaisieux
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