Primeurs IV - Modique Médoc, où es-tu ?
Levé à potron-minet sous un ciel apaisé par rapport au temps exécrable de veille. C'est aujourd'hui ma grande tournée dans le Médoc! En direction de Pauillac, roulant au pas derrière de lourds camions, je constate que la pluie des derniers jours a carrément formé de petits étangs le long des palus gorgés d'eau où le soleil, encore bas, s'y reflète avec éclat. Deux-trois virages et voici enfin le Château Batailley où se tient cette année la dégustation organisée par l'Union des Grands Crus (UGC).
Malgré l'heure matinale, c'est déjà la grande foule et le personnel de Batailley s'affaire à éviter aux visiteurs de trop s'embourber dans la gadoue bordant la départementale. Il fait bien frais et cette température s'en ressent quelque peu dans la salle où les vins sont servis à température ambiante.. c'est à dire trop froids! Qu'importe: ma motivation est à son comble et je bifurque immédiatement sur la gauche pour évaluer Saint-Julien, fidèle à lui même, présentant des échantillons homogènes et de qualité irréprochable.
Dans la continuité, Pauillac est plus contrasté. Des vins décevants.. (D'Armailhac, Croizet-Bages, Lynch-Moussas) cotoyent d'authentiques merveilles !
Orpheline de ses principaux crus prestigieux, Saint-Estèphe est réduit cette année à portion congrue et le niveau général, sans être mauvais loin de là , ne fait pas couler de larmes de bonheur. C’est agaçant !
Attention, coup de gueule!
Cette nouvelle mode des Châteaux dits "de luxe" à vouloir présenter les primeurs directement à la propriété, me semble perverse et injuste. Pour accéder à leurs vins, il faut prendre rendez-vous bien à l'avance et, faute de temps sur les quatre jours de la semaine-primeurs, le dégustateur stressé ne goûtera finalement que les 40 "blockbusters" , ce qui est bien dommage pour eux. De plus, cette nouvelle mode ridicule oblige professionnels et journalistes à parcourir un cumul ahurissant de kilomètres (c'est vaste la Gironde), frisant les excès de vitesse dans les contours et les accidents de la route afin d'arriver pile à l'heure aux propriétés, sous peine de se voir refuser l'entrée, mésaventure arrivée à une connaissance cette année au Château Latour!
Ceci dit, les dégustations organisées par l'UGC seront bientôt totalement vidées de leur substance première car outre les 1GCC, la catégorie des "Seconds" n'y est quasi plus représentée, préférant elles aussi, faire classe et recevoir au domaine (Pontet-Canet, L'Evangile, Duhart-Milon, Grand Puy Lacoste, Montrose, Cos d'Estournel, Palmer etc..). Cette tendance est en marche et il ne m'étonnerait pas que les derniers mohicans de l'UGC, je cite les deux Pichon, Léoville-Barton, Poyferré et Lynch-Bages ou, La Conseillante, Troplong-Mondot ou Pavie-Macquin sur l'autre rive ne cèdent prochainement à l'appel des sirènes du « Quand vous descendrez, montez voir le petit comme il est grand! ».
Mais plus grave à mon sens : les dégustations à la propriété ont l'inconvénient majeur qu'il y est, fort logiquement, impossible d'y déguster à l'aveugle. Le cadre, l'ambiance et le cérémonial des lieux ne vaudrait-il pas 1 ou 2 précieux points supplémentaires sur l'inconscient du dégustateur, alimentant ainsi la spéculation finale du marché ?
Avant de passer l'après-midi à Margaux, petit saut à Biturica. Pour ceux qui l'ignorent, le groupe Biturica regroupe neuf viticulteurs provenant de la partie la plus méridionale du Sud-Médoc. Leurs vins sont qualitatifs et représentent, pour la plupart, d'excellents rapports Qualité/Prix. Mention très bien pour Château Belle Vue, Château Mille Roses et d'Agassac 2009. Le type même de vins que rechercheront les amateurs de Médoc.. à prix modiques!
95.. et mieux
Pichon Longueville Baron
Lynch-Bages
Pichon Lalande Comtesse
Lagrange
Léoville Barton
Léoville Poyferré..
92 Ã 95
Saint-Pierre
Branaire-Ducru
Beychevelle
Langoa Barton..
88 Ã 92
Belle Vue
Mille Roses
Ormes de Pez
Batailley
Gruaud Larose..
Prochain épisode: Margaux.